lundi 7 novembre 2011

Un peu de publicité

Aujourd'hui, le nombre de "pages vues" du blog de Vern vient de dépasser la barre symbolique des 18 000 clics, soit le nombre de places du stade Marcel Michelin.
L'occasion pour moi de remercier les quelques inconditionnels de ce site (je suis moi-même surpris de leur existence), mes deux amis sur Facebook (non vous n'êtes pas seuls - oui, j'ai même un wall : n'hésitez pas à me "laillequer", à me plussoyer, voire à devenir mon ami, j'ai l'air sérieux et distant comme ça, mais en fait, c'est juste pour me donner un genre et sous des dehors bourrus de fermier néo-zélandais se cache un homme simple et un rien sentimental), sans parler de ceux qui suivent mes aventures en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis, en Grande Bretagne, mais aussi, entre autres, à Singapour ou au Luxembourg.
Il est vrai que je dois une part de cette modeste mais réelle renommée à l'excellent site des Cybervulcans qui demeure la référence sur l'ASM, loin devant le site officiel du club, mais aussi à la maintenant célèbre et courtisée boucherie-ovalie, qui fait pleurer des larmes (de sang) de rire à tous les amateurs de rugby en France et à l'étranger, et qui a bien voulu faire ma publicité. Qu'ils soient tout deux remerciés, sans eux la fréquentation de ces pages serait à peine supérieure aux nombre de victoires de la sélection nationale namibienne.
Il faut dire que le blog de Vern reste un site familial, tenu par une seule personne quand il a le temps, imperméable au professionnalisme et revendiquant fièrement son (attachement à l') amateurisme, une sorte d'artisanat du web en quelque sorte (la qualité générale de l'iconographie l'illustre parfaitement d'ailleurs).
Ami lecteur, amusé ou déçu, habitué ou de passage, soit donc le bienvenu dans ma modeste boutique et n'hésite pas à laisser quelques commentaires, voire un courrier, pour exprimer ton plaisir ou ton mépris : l'artisan a besoin de retours pour savoir comment son travail est apprécié et s'il doit continuer à encombrer le terrain avec ses relances hasardeuses et ses up and under ou s'il est temps pour lui de sortir sur coaching...

Le top 10 de mes pires moments en Auvergne

Certains pourraient croire que l'humiliation subie par l'équipe samedi dernier au stade de France est l'un de mes pires moments à la tête de l'ASM. Il n'en est rien, on peut encore tomber plus bas... Car vivre à Clermont-Ferrand, contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce n'est pas que du fun :

1. Quand j'ai réalisé que Jean-Pierre Perez était champion de France en 2009.
2. Quand j'ai réalisé qu'en fait, on avait perdu la finale 2007.
3. Quand j'ai réalisé que Guy Novès était meilleur que moi en 2008.
4. Quand j'ai réalisé que Joe Schmidt m'avait mis minable sur la phase de poules de HCUP 2010-2011.
5. La nuit du rugby 2009.
6. Quand Jean-Marc m'a annoncé qu'il avait confondu Kevin et John Senio (quand on a recruté John).
7. Quand Jean-Marc m'a annoncé qu'il avait confondu John et Kevin Senio (quand on a recruté Kevin).
8. Chaque plaquage sur Brockie.
9. Chaque plaquage de Brockie.
10. Notre soirée Fado à Faro.

Je vous rassure, j'ai aussi eu quelques moments de grâce...

samedi 5 novembre 2011

J'aime plus Paris

Il m'a fallu être particulièrement zen pour regarder le match contre le Stade Français jusqu'au bout. Mais bon, perdre au Stade de France, c'est tout de même moins la honte que de perdre à La Rochelle. Enfin, on verra...
Comme je n'ai pas grand chose à dire sur le match, je vais vous raconter notre petite escapade à Paris.
Premier enseignement : Paris est toujours le club le plus kitsch de France. Ce qui est sympa à la capitale, c'est que tu peux te permettre de faire des spectacles d'un goût douteux, tout le monde trouve ça génial. On ferait la même chose à Montauban ou à Voiron, tout le monde trouverait ça beauf. Ça s'appelle le snobisme.
Malgré tout, certaines choses ont changé. Ce n'est plus Max qui vient nous chercher dans sa Cadillac rose.

Adieu Dalida, bonjour Bénabar.

C'est un monsieur bien sous tout rapport et un peu terne qui nous a accueilli à notre arrivée. Il était accompagné de Mario. Celui-ci a serré longuement la main du président Fontès en le regardant dans les yeux avec un sourire figé. Au bout d'un moment, René, dans un rictus de douleur, a demandé à Mario s'il voulait bien lui lâcher la main. L'Argentin a desserré l'étreinte et a déclaré, visiblement de mauvaise grâce, sans desserrer les dents :
- Mais bien sûr, bienvenue à Paris, Président.
Jean-Marc m'a alors dit à l'oreille :
- Tu vois, il ne nous en veut vraiment pas, Mario.

M. Savare a ensuite accompagné René à sa voiture, une austère berline allemande noire avec des vitres teintées, immatriculée en Meurthe et Moselle. Le nouveau président a ouvert sa portière et il a eu un mouvement de recul :
- Max ! Qu'est-ce que je t'ai dit ? C'est moi qui conduit maintenant !
Alors, Max Guazzini, un peu contrit, est sorti de la voiture et est allé s'installer dans le coffre.
- Les héritages, c'est parfois encombrant, a ajouté un peu gêné Thomas Savare. Et c'est un fils de famille qui vous le dit.

Dans la voiture, sur le trajet vers l’hôtel, on a eu une conversation, comment dirais-je, intéressante. Le président Savare a commencé bille en tête :
- Alors mon cher René, comment avez-vous segmenté votre cœur de cible en Auvergne ? Selon des critères sociodémographiques ou psychographiques ? Et est-ce que tu penses comme moi que l’expérience-client a pris le relais de l’innovation-produit comme critère de différenciation sur les marchés matures ?
J'ai senti René un peu hésitant... J'ai l'impression qu'il avait plutôt révisé la variété française des années 70.
- Euh... Vous aimez Mike Brandt ?
En fait, et heureusement, il ne s'agissait que d'une question rhétorique. Savare a embrayé :
- Non, parce que nous, au SF, on est à fond sur le créneau hors media, si tu vois c'que j'veux dire (René voyait très bien, il faisait la même tête qu'à la nuit du rugby 2008) on maximise total sur le merchandising et l'incitation via les prescripteurs. On fait un peu de mass-media, mais moi je suis plutôt pour un déploiement local des actions marketing. C'est ça la rugby : avant tout, de la proximité et de la convivialité !
- Oui, oui...
- Ah je vois que vous êtes d'accord avec moi. En plus, en Auvergne, tout le monde n'a pas la télévision, alors il vaut mieux s'en remettre à un démarchage plus personnel pour toucher les consommateurs finaux, ah ah ! En plus, chez vous, le wording revêt une importance particulière...
- Certes...
- Et votre stratégie de développement, vous l'articulez comment ?
- Euh... La tribune Crédit Agricole ?
- Nan, mais tu as raison, René. Il est temps de remettre le consommateur - acheteur au cœur de la démarche éco-citoyenne. C'est ça la vraie leçon de la province. Moi, je vous envie. La vie simple, on s'emmerde pas avec des planifications à 15 ans. Et puis les gens sont tellement sympas... Faut dire, heureusement qu'ils sont sympas, hein ? sinon, on s'ferait encore plus chier à la campagne, non ?
- Euh... Je connais Michel Drucker... Il a une maison à Eygalières.
- Ah ouais ? Moi je vois plus mes potes de "Centrale Pa'". Pas le temps... De toute façon, la plupart d'entre eux doivent faire du conseil, maintenant, les cons... Bon, en tout cas, c'est plutôt pas mal pour votre image de marque de venir jouer au Stade de France, ça doit pas vous arriver souvent ?
- A une époque, on venait régulièrement...
- Ah ? Vous aviez des places pour le tournoi ? Moi, je ne viens plus qu'en loge. La tribune officielle, il fait trop froid. Et quand je vois tous ces braves gens qui mettent 10% de leur SMIC pour voir Damien Traille en 10, ça me donne des frissons... Faut être un peu limité, aussi, pour venir se peler les burnes en virage à Saint Denis au mois de mars après avoir fait le voyage en corail dans la journée depuis Clermont-L'Hérault...
- Clermont-Ferrand.
- Oui, c'est c'que j'voulais dire. Bon ça y est, on est arrivé. On ne vous a rien prévu pour ce soir, parce que je sais que vous vous couchez tôt à la campagne, hein ? De toute façon, j'ai un conseil d'administration dans une heure, en VTC avec New York. Putain de Jetlag ! Ça vous dérange pas si je vous laisse Max ? Ce sera moins dépaysant pour lui.

Dans la foulée, Jean-Marc a été interviewé au Moscato Show, pendant lequel il a reçu des compliments de Vincent Moscato. Ça faisait beaucoup de traumatismes dans la même journée...
Je ne sais pas si c'est ça qui nous a déstabilisés, mais toujours est-il qu'on a pris la marée.
On a tout de même passé une soirée sympa avec Max, à feuilleter des calendriers et à se remémorer le bon vieux temps. Comme dirait Mario, le rugby pro, c'est cruel...

vendredi 4 novembre 2011

La chambre de Thomas

Avant de partir à Paris, et pour souhaiter bon courage à Thomas pour son opération, on est allé lui rendre une petite visite à la clinique de la Châtaigneraie. Le groupe était au complet. Certains semblaient plus familiers des lieux que d'autres. Aurélien en particulier a fait la bise à toutes les infirmières, a discuté quelques minutes avec les médecins et a fait le tour des chambres pour saluer de vieilles connaissances. Il en a profité pour faire le point sur ses pouvoirs bio-ioniques avec le Dr Rudy Wells.
Pendant ce temps, on est monté voir Thomas.
En entrant, j'ai remarqué qu'il y avait une plaque sur la porte sur laquelle était inscrit "M. Skrela". Je me suis retourné vers Jean-Marc pour lui demander s'il s'agissait d'un homonyme.
- Non, non ! C'est bien pour David. On s'est rendu compte que ça coutait moins cher pour la saison que pour plusieurs actes. En plus, ça peut servir pour d'autres joueurs, la preuve...
Voyant mon air un peu énervé, il s'est empressé d'ajouter :
- Mais si tu veux, on fera mettre ASMCA à la place.
Dans la chambre, c'était un étonnant spectacle. Bien sûr, il y avait des fleurs partout, plus celles qu'on venait de lui apporter.
- Ah ! C'est gentil de m'avoir offert des chrysanthèmes, a d'ailleurs fait Thomas en nous voyant arriver. L'attachée de presse a rougi, bredouillant que c'était les seules fleurs qu'on trouvait en Auvergne en cette saison. Il faut dire que j'avais bien spécifié qu'il était interdit de lui amener des chocolats pour ne pas perdre le bénéfice de son régime.
Mais surtout, il y avait une drôle d'atmosphère.
Au-dessus du lit, pendaient des gousses d'ail. Aux murs, quelques crucifix. Sur la table de nuit, une patte de lapin, une vierge, un Saint Christophe, deux chapelets et une photographie de trèfle à quatre feuilles. Dans un coin, un fer à cheval, un "sept" et un "treize" en plastique et une "main de fatma", la photo de Gontran Bonheur et plusieurs fétiches africains.
Au-dessus du genou de Thomas, s'affairait un vieux rebouteux que j'avais croisé un jour dans la montagne en train de chercher de la salsepareille et des crapauds. En retrait, un chamane mongol en tailleur faisait tourner un fétiche dans des fumigations, pendant que le célèbre M. Sekou, grand-voyant-medium, l'homme qu'on avait chargé de démarabouter Benoit Baby, lançait des imprécations en tournant sur lui-même.
Soudain, quelqu'un a crié :
- Attention, un oiseau est en train de regarder par la fenêtre !
Jean-Marc, qui était en train de répandre du sel autour du lit, s'est précipité pour tirer les rideaux. Il s'est ensuite approché de Thomas qui le regardait d'un air reconnaissant et lui a pris la main :
- T'inquiète pas mon Doming', cette fois-ci, on a mis toutes les chances de notre côté...

PS : Courage Thomas, tous les supporters de rugby sont avec toi !

mercredi 2 novembre 2011

L'entretien de carrière

Puisque nous sommes dans un club jeune et dynamique, où nous mettons en œuvre les meilleures pratiques du management moderne, comme le dialogue, la franchise et la confiance, et ça, Mario Ledesma pourra en témoigner, j'ai décidé, après avoir paraphé mon nouveau contrat et après la légère fronde née du retour de nos derniers internationaux, de recevoir individuellement les joueurs pour faire un point avec eux de leurs ambitions, objectifs, performances et autres mots rigolos qu'on utilise, nous les managers, pour motiver les gars, les mettre en mouvement, fédérer leurs énergies positives, faire naître la synergie, favoriser la dynamique de groupe (les 3 F !), bref, botter le cul des mecs pour qu'ils se tirent les doigts de ce même fondement et qu'ils ne nous gâchent pas une saison qui commence si bien en quart de finale de la HCUP et en finale du championnat.
A tout seigneur tout honneur, j'ai reçu pour commencer ces entretiens, l'âme de l'équipe, le grand guerrier blond des âges farouches, l'homme bionique, l'égérie du calbute moule-burnes, l'homme qui a la cheville qui gonfle (la preuve en image ci dessous), celui qui manipule la presse
internationale pour protéger les joueurs les plus faibles, j'ai nommé Roro, le meilleur centre du monde (en-finale-de-la-coupe-du-monde-uniquement).
Je l'ai fait asseoir dans mon bureau. Il avait l'air détendu, avec son petit sourire en coin habituel, le genre qu'il aime bien prendre pendant les interviews, un peu distant, un peu amusé, les mains dans les poches de sa polaire...
- Aurélien, si je t'ai fait venir, c'est pour parler de ton avenir et faire un bilan de ta carrière.
- Ouais, pas si mal : 1 Brennus, 1 bouclier européen, 4 finales du championnat, 1 finale de Challenge Cup, 1 coupe de la ligue, 2 grands chelems, 3 coupes du monde dont 1 finale...
- Oui, je sais Aurélien, aux RH, ils m'ont donné ta page Wikipédia quand je leur ai commandé ton dossier. Non, je voulais te demander, à ce moment de ta vie, comment tu voyais ton avenir en jaune et bleu ?
- En 10.
- Comment ça "en 10" ?
- Ben ouais, en 10, comme Morgan.
J'ai failli prendre ça à la rigolade en lui répondant qu'on avait suffisamment de soucis en défense dans la zone de l'ouvreur pour ne pas rajouter une fragilité, mais il avait l'air tellement sérieux... Et pour cause, il l'était :
- Et ouais ! Je suis quelqu'un, moi. Moi, je suis Aurélien de Clermont. Y'a même un mec qui a écrit un bouquin sur moi, alors que j'avais même pas trente ans. T'en connais beaucoup des mecs sur qui on écrit des bouquins alors qu'ils ont pas trente ans ? Moi, j'en connais pas. A part Rimbaud et Mike Brandt, mais bon, ils sont morts, alors c'est pas pareil...
Ça faisait beaucoup de "moi" dans la même tirade. J'ai essayé de l'interrompre :
- Mais en 10, tout de même !
- Attends Coach, faut être lucide : c'est l'embouteillage derrière. Tu crois que Sivivatu, Byrne et King vont faire banquette pour regarder jouer Fofana, Malzieu et Floch ? Sans compter sur le retour de Nap's. J'ai la solution : je me reconvertis en ouvreur. Quand David va se blesser, il faudra quelqu'un pour aider Brock. Me voila ! C'est mon destin : j'ai commencé 14, je suis 13, je saute le 12 et je me retrouve 10. C'est ma-thé-ma-ti-que.
- Mais enfin Aurélien, tu as deux pieds gauche !
- Honnêtement, Coach, si on t'avait dit, il y a deux ans, que je serai titulaire au centre en finale de la coupe du monde, tu l'aurais cru ? Et même François s'est amélioré au pied.
Ça, c'était à la fois un coup bas et un argument imparable...
- Tu sais, Vern, tu permets que je t'appelle Vern, on va pas se la jouer : mon père est dentiste et ma mère conseillère municipale d'une agglomération de 300 000 habitants, j'habite à Beaumont, donc je ne fais pas de complexe vis à vis de ma place dans la société. Je n'ai rien à prouver. C'est d'ailleurs ce qui me différencie de Berbizier et me permet de prendre pas mal de recul vis à vis des évènements tout en me foutant de la gueule des journalistes en toute impunité. En plus, ça m'a donné un peu de culture générale. J'ai lu Nietzsche, tu sais. Ainsi parlait Zarathoustra... La métamorphose de l'esprit :
"Je vais vous dire trois métamorphoses de l'esprit : comment l'esprit devient chameau, comment le chameau devient lion, et comment enfin le lion devient enfant."
- Et bien, moi, je suis comme l'esprit : je me métamorphose. Je t'explique : au début, j'étais chameau. Le poids de la tradition, un poste en rapport avec mon bagage technique et mes qualités. J'étais jeune, j'avais les cheveux courts : ailier. 22 essais en équipe de France, la misère à Toulouse en 2007, simple, efficace. Mais, petit à petit, je deviens "Lion".
Ici l’esprit devient lion, il veut conquérir la liberté et être maître de son propre désert.
- Je suis le capitaine mais je vieillis dans mes certitudes. Je dois évoluer sinon, je vais terminer remplaçant de luxe dans une équipe du sud-ouest. Donc, je me reconvertis trois-quarts centre : je ne me dis plus "Je dois" mais "Je veux" !
Créer des valeurs nouvelles – le lion même ne le peut pas encore : mais se rendre libre pour la création nouvelle – c’est ce que peut la puissance du lion.
- Tu l'as compris, Vern, aujourd'hui je suis assez puissant pour être libre de mes choix. Mais, pour opérer une dernière métamorphose, je dois tout oublier, je dois me refonder, je dois repartir de l'enfance :
L’enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, une sainte affirmation.
- Regarde Morgan. N'est-il pas lui même cet enfant innocent qui accepte tous les défis avec morgue et insolence ? N'est-il pas l'essence même du jeu, faite d'enthousiasme et d'oblation sans contrepartie ? Je veux être comme lui.

Là-dessus, il se lève en disant :
- C'est la raison pour laquelle je vais aller taper quelques pénalités.
Et il s'en va...

J'avoue que j'étais un peu abasourdi par ce plaquage cathédrale. Je suis allé voir Jean-Marc qui faisait une simulation de la saison sur Rugby Manager dans son bureau.
- Y'a pas à dire, Vern, on n'arrivera jamais à faire jouer tout le monde cette saison. Le logiciel est formel !
- Justement, je viens te voir pour ça. Tu connais Nietzsche ?
- Nietzsche... Nietzsche... Attends voir.... C'est pas le mec qui a écrit "Deviens ce que tu es" et qui est mort fou ?

Nota : Les métamorphoses de l'esprit ici.

mardi 1 novembre 2011

Le retour des sales gosses

Ça y est. Roro, Morgan et les deux Julien sont rentrés au bercail. Au début, je ne les ai pas trop trouvés changés. Certes, Aurélien s'est fait greffer une épaule bionique et parle comme un terminator, Morgan a le nez de Fabien Galthié, Julien Pierre a adopté une famille de cormorans rescapés de la marée noire et Jubon a grandi. En fait, il n'a pas vraiment grandi : il ne touche littéralement plus le sol. Il est en lévitation permanente. C'est Chuck Norris qui lui aurait appris ça...
C'est lorsqu'ils sont arrivés au stade pour l'entraînement que les ennuis ont commencé. D'abord Roro a refusé de m'adresser la parole. Il avait les mains dans les poches de sa polaire comme d'hab, mais le regard vers le sol, les écouteurs sur les oreilles, dans sa bulle. Je lui ai demandé ce qu'il avait. Il m'a répondu brusquement :
- C'est bon, vas-y, lâche-moi !
Et il est parti pousser de la fonte tout seul au lieu d'aller bosser les lancements de jeu avec Franck. Quand on a fait une mise en place tactique, il était en salle de vidéo. Et quand on a fait le débriefing, il tapait des coups de pieds tout seul sur le terrain.
Au bout d'un moment, j'en ai eu marre et je suis allé le voir pour connaître les raisons de ce comportement étrange. Il m'a répondu avec un aplomb remarquable :
- Je me gère tout seul. J'ai pris les clés du camion. J'ai été capitaine du XV de France, moi ! Je n'ai pas besoin d'entraîneur, de cahier de jeu ou d'un mec qui me dise ce que je dois faire. Cette aventure, c'est la mienne, pas la tienne.
Et puis il a hurlé :
- J'étouffe, moi !!!
Le bruit a fait accourir les autres. Julien Pierre est monté sur une caisse en bois et a pris la parole :
- Camarades joueurs ! Halte à l'exploitation, non au schémas tactiques stéréotypés, oui à la liberté dans le jeu ! Les entraîneurs, les sélectionneurs, les présidents nous exploitent ! Quand on gagne, il n'y en a que pour eux. Mais quand on perd, on crie haro sur les joueurs ! Nous sommes tous des prisonniers politiques ! Nous sommes tous des François Trinh Duc ! Prenez le pouvoir ! Le terrain est à nous ! Sous la pelouse, la plage !
Et il a commencé à scander, poing levé :
- Li-ber-té-pour-les-jou-eurs ! Li-ber-té-pour-les-jou-eurs ! A-mort-le-sé-lectionneur ! Mar-ty Président !
Morgan a gueulé :
- Allez, tous sur le terrain ! Je vais vous expliquer comment concilier réappropriation de l'organisation collective et intelligence situationnelle. Vivons l'utopie ! La chienlit, c'est lui !
Il m'a montré du doigt et a entraîné toute l'équipe sur la pelouse en hurlant :
-Au-togestion ! Au-togestion !
Jean-Marc et moi nous sommes réfugiés à l'En But. On s'est dit que ce serait le dernier endroit où on pourrait rencontrer un anarcho-syndicaliste. On a tout de même été un peu surpris de trouver Julien Bonnaire qui donnait une leçon de cuisine :
- Alors, pour les croustillants de langoustines à la mélisse, vous avez la possibilité de les marier harmonieusement avec un gaspacho de romaine. La semaine prochaine, je vous préparerai des tièles de Sète aux coudes de homard.
Les deux chefs écoutaient religieusement en prenant des notes.
Après quelques instants, et non sans avoir donné quelques conseils boursiers à l'assemblée, il est venu nous voir, un peu gêné. Il avait un cahier à la main.
- Coach, c'est mon carnet de notes de la coupe du monde...
J'ai pris le document qu'il me tendait. C'était effectivement un cahier de correspondance, comme ceux de mes enfants. Sur la couverture, on pouvait lire :
"Université de Marcoussis - performances individuelles".
Il y avait une photo de Jubon à 13 ans (le même, avec des cheveux...), l'emploi du temps du groupe France, et, en quatrième de couverture, un mot de Jo Maso destiné aux parents de joueurs, signé "Le CPE".
J'ai feuilleté le bouquin. Julien me regardait nerveusement et se trémoussait sur place.
J'ai parcouru ses appréciations :
"Joueur appliqué, colle bien au ballon. Excellent sauteur. Participe. Parfois réservé, doit s'affirmer davantage."
Ses notes étaient excellentes et ses statistiques du même tonneau. Je l'ai regardé et je lui ai dit :
- C'est très bien Julien !
Il a rougi en rentrant la tête dans les épaules.
- Mais dis-moi, c'est quoi ce zéro en plaquage ?
Il a répondu un peu vexé :
- C'était sur l'essai tongien...
- Bon c'est pas très grave. Tu peux aller jouer avec tes copains.
- Merci !
Il a souri et il est reparti tout heureux.
C'est à ce moment que mon téléphone portable a sonné. C'était Guy Novès. Il était tout paniqué.
- Vern, j'ai un problème !
- Je sais, j'ai le même. Et je parie que Thierry Dusautoir est venu t'apporter son carnet de notes en t'annonçant fièrement qu'il était premier de la classe.
- Exactement !
- Ne t'inquiète pas. Je pense que ça va passer. Les enfants sont toujours un peu déboussolés quand ils rentrent de la colonie de vacances...

Blackspoliation

Bon, pour tous ceux qui croient que je reste à Clermont parce que je préfère entraîner l'ASM plutôt que la meilleure équipe du monde, une petite mise au point :
Si j'avais été sûr de pouvoir devenir le sélectionneur des All Blacks, je serais rentré au pays. Mais je vois mal comment la NZRU pourrait ne pas faire confiance à Steve Hansen... Donc, je m'en vais comme un prince avec un nouveau contrat qui va jusqu'en 2014. D'ici là, il y a la place pour gagner un Brennus ou une HCUP, voire les deux. Après, on verra... Je serai dans mes roaring fifties et tout sera encore possible...

Mais je vous rassure, j'ai toujours d'excellentes raisons de vous être fidèle :
J'adore quand Elvis demande pardon à l'arbitre quand il commet une faute de jeu.
J'adore quand Gerhard est comme un gamin lorsqu'il marque son essai.
J'adore quand les Gros se tapent dans les mains quand ils ont gagné une mêlée, où quand ils s'aident à se relever après un ruck.
J'adore quand Wesley dit que c'est bien de ne pas avoir encaissé d'essai alors qu'on vient d'inscrire 41 points.
J'adore quand le public applaudit longuement la sortie de Philippe Bidabé qui termine sa carrière au Michelin.
J'adore faire rentrer David Skrela à la place de Brock James ou Benjamin Kayser à la place de Ti'i Paolo. Et je vais adorer faire entrer Sivivatu à la place de Malzieu...

J'en profite pour ajouter un nouveau Brock James Fact :
Lorsque Brock James tape une passe au pied, le ballon devient rond au moment du rebond.