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lundi 12 mars 2012

PSA s'empare de mon Buttin

Tout à l'heure, Jean-Marcellin est venu me voir. Il avait l'air tout chamboulé :
- Coach, pardon de vous déranger... Y'a un Monsieur qui m'a appelé. Il dit qu'il travaille à Marcoussis pour le XV de France.
J'ai fait semblant d'avoir l'air surpris :
- Ah bon ? Comment s'appelle-t-il ?
- Euh... Un truc comme Jo Sado...
- Maso !
- Oui, c'est ça ! Un nom pareil, j'ai cru que c'était une blague d'Elvis. Mais bon, je préfère venir vous en parler parce qu'il a insisté...
- Tu as bien fait : ce n'est pas une blague. Jo Maso existe vraiment, et il a été un grand joueur de rugby.
- Ah bon ?
- Oui. Il est même président du comité de sélection.
- Ah bon ?
- Oui. C'est une espèce de titre honorifique. Comme reine d'Angleterre. Ou président de la République fédérale d'Allemagne. Une sorte de garant de la Loi Fondamentale...
- Ah ! Comme Jean-Marc Doussain en Nouvelle Zélande !
Et on a ensuite regardé sur Internet pour vérifier mes dires. Jean-Marcellin n'en démordait pas et pensait qu'Elvis m'avait associé au canular...
- Tu vois, je ne mens pas. Il a même participé au premier grand chelem français. En 1968...
- 1968 ! Ouah ! C'est normal que je le situe pas, le mec. C'était avant Pierre Salviac ! J'avais... Moins vingt-trois ans ! Attends, je vais twitter ça à Naï... Ça va le faire marrer qu'on puisse être aussi vieux...
- Oui, bon, ça va...
Il marqua cependant une pause, méditatif. Il reprit avec conviction :
- Il faut que je le rappelle, alors. Il m'a laissé son 06... Il m'a dit qu'il fallait que vous me signiez une autorisation de sortie du territoire. Pour l'accompagnement dans l'avion, il a dit que Julien Pierre ferait l'affaire.

Je lui ai signé tous ses papiers. On a vérifié avec Jean-Marc qu'il n'avait rien oublié : son ipod, son doudou, sa tablette, son junk food, les dernières saisons de "How I met your mother" et de "Dexter", son smartphone... Pour l'occasion, on a fait débloquer son forfait, avec option "international". Il était tout fier.
On l'a briefé sur les coutumes du XV de France :
- Demande à Roro de te protéger. Ne parle pas à Fritz, il est tricard. Sois gentil avec les Biarrots, on ne sait jamais. Ne tutoie que les mecs que tu connais et attends que les autres t'adressent la parole. Ne dérange pas Jubon quand il pêche. Ne t'assieds pas dans le bus à la place du sélectionneur. Et apprends à reconnaître Jo Maso pour ne pas le confondre avec le gardien de Marcoussis.
On l'a briefé sur les coutumes du Pays de Galles :
- Tu verras, la plupart des gens là-bas n'ont pas de dents, ils ont les oreilles décollées, et ils s'appellent tous Jones... ou Williams. Ils aiment beaucoup la bière et on ne comprend pas ce qu'ils disent.
- C'est comme des Anglais, quoi...
- Oui, mais en plus sympa !

Lorsqu'il est monté dans le taxi avec Julien, Jean-Marc lui a glissé une boîte de préservatifs dans le sac en lui faisant un clin d'oeil :
- Et surtout, fais bien attention aux mecs qui s'appellent Gareth.
Le taxi a démarré. Jean-Marc a crié en faisant des grands signes de la main :
- Et refuse si on te propose un tour en voiture de golf !

samedi 10 mars 2012

L'analyse du Crunch par Master Guy... avec les sous-titres

Vous le savez, mon amitié avec Maître Guy fait de moi l'un des meilleurs spécialistes du gourou toulousain. Je vous ai déjà fait partager l'intimité de ce technicien éternel, de cet obsédé de la gagne, mais, également, de ce communiquant hors pair.
Aussi ai-je décidé de décoder pour vous sa dernière interview en date dans le MIDOL, consacrée au Crunch. La même, mais avec les sous-titres...

L'interview est intitulée L'Angleterre ne peut pas gagner.
Immédiatement, je reconnais tout le vice communicationnel de Master Guy. Que se cache-t-il en effet derrière cette déclaration en apparence arrogante ? Sous-titres :
"Depuis que j'ai refusé le poste de sélectionneur et que j'ai, implicitement, fait apparaître L'Usurpateur comme un choix par défaut, et malgré le fait que tout le monde savait que je ne quitterai jamais Toulouse, mon aura s'est encore accrue et l'on vient rechercher mes avis comme ceux du vieux sage qui a pris du recul, d'autant plus que mon refus alimente toute une série de fantasmes inconscients sur ce qu'aurait pu être le jeu de l'équipe de France avec Novès à sa tête. Double conséquence : non seulement mon avis devient autorisé sur le sujet, mais je bénéficie également d'une immunité totale sur mes jugements puisque je suis devenu le sélectionneur d'une équipe de France utopique. En déclarant que la France doit gagner, je mets une pression implicite sur L'Expédient en sous-entendant qu'il serait vraiment un gros nul s'il n'arrivait pas, après ce pénible match face à des Irlandais valeureux mais limités, à écraser ce pathétique XV de la Rose... Malin, non ?"

Master Guy débute l'ITW sur une analyse comparée des niveaux respectifs de l'Angleterre et des clubs anglais, je cite :
Après avoir affronté cette saison les Harlequins et Gloucester, j'ai le sentiment que ces équipes développent davantage de jeu que l'Angleterre. (...) Les racines de l'Angleterre sont là, sauf que cette génération n'est pas au niveau de ses devancières. (...) Mais je ne parle pas des clubs. Gloucester est capable de jouer un rugby total, ce qu'on ne retrouve pas chez l'Angleterre dans ce tournoi. Sous-titres :
"Moi, à Toulouse, je me fade de vraies équipes de rugby anglaises, pas la génération sacrifiée et laborieuse offerte en pâture à L'Imposteur. J'en profite pour me justifier d'avoir perdu contre les Quins à domicile et contre Gloucester, et pour suggérer que ce serait vraiment la honte de perdre contre les Rosbeefs... Machiavélique, non ?"

Le journaliste pose ensuite une question piège en rétorquant que seule une équipe anglaise est qualifiée pour les quarts de finale de la HCUP. Rassurez-vous, Master Guy a tout prévu :
Les clubs anglais sont confrontés, comme nous, au partage des joueurs avec la sélection et ils n'ont peut être pas les joueurs sous la main pour travailler au bon moment. Sous-titres :
"C'est encore la faute des doublons et je suis d'autant plus méritant d'avoir hissé mon équipe en quart de finale de HCUP avec des joueurs qui reviennent massacrés de leur équipe nationale. Notez que tout le monde aura compris que lorsque je dis : "nous sommes confrontés", c'est un nous qui veut dire "je"... Évidemment, ce qui vaut pour les clubs spoliés de leurs joueurs n'est pas valable, dans ma démonstration précédente, pour la sélection qui n'a pas le droit de pâtir, elle, des cadences infernales et des mises à dispositions restreintes par un calendrier surchargé... Et Le Remplaçant, qui aura eu pour lui tout seul les joueurs pendant quatre semaines avec des résultats qui parlent d'eux-mêmes..., serait bien gêné de me contredire sur ce point. Futé, non ?"

On se demande ensuite s'il peut y avoir du suspense dans le Crunch. Oui bien sûr, mais Master Guy en profite pour glisser une petite clavette supplémentaire, particulièrement vicieuse, je cite :
(...) [L'Angleterre] doit se résoudre à s'appuyer sur [du] jeu au pied et se retrouve obligée de rendre le ballon. Sous-titre :
"Si Le Pis-Aller ne veut pas être ravalé au niveau de médiocrité des Glaouches, il va falloir qu'il demande à ses joueurs d'envoyer du jeu et ce n'est pas en utilisant la même tactique que les Buveurs de Thé que l'on risque de voir un beau match de rugby dimanche prochain... Mais je vous aurai prévenus... Perfide, non ?"

Dernière question sur les individualités anglaises, et particulièrement Tuilagi. Là encore, la rhétorique de Master Guy prend des détours insoupçonnables, je cite :
(...) Tout seul, [Tuilagi] ne fera rien. Il est délicat de signer un exploit individuel au centre du terrain. Sous-titres :
"En parlant de Tuilagi, je fais apparaître dans votre esprit l'image de "Air Rougerie" et ses plaquages en mousse, car vous ne pouvez pas ne pas tiquer lorsque je déclare que c'est un exploit de percer "au centre du terrain" contre l'équipe de France. Et, incidemment, je vous rappelle que Le Supplétif a inexplicablement oublié de sélectionner mon petit protégé, le massif et capable de museler Tuilagi, je ne l'ai pas nommé mais vous l'avez tous en tête, Florian Fritz. Démoniaque, non ?"

Merci, Maître Guy, pour cette grande leçon de communication subliminale.

vendredi 9 mars 2012

Au-delà de l'Ovale du Tonnerre

Dans un futur proche, les grands clubs sont entrés en guerre pour la qualification pour les phases finales. Exaspérés par la crise, les doublons, les erreurs d'arbitrage et les matches pour le maintien, les supporters se sont révoltés. La LNR essaie de maintenir un semblant d'ordre tandis que des bandes de rugbymen professionnels sillonnent les routes...

Agen (ou ce qu'il en reste...) - Département du Loot & Grey Zone - samedi 10 mars

Tout paraît calme en ce doux matin d'hiver qui présage du printemps à venir. La population s'active à cultiver ses pruneaux à l'extérieur des murailles de fortune élevées pour protéger la ville des bandes de pillards. Le spectre de la relégation semble s'être éloigné depuis quelques mois, et la cité jouit d'un calme relatif grâce à une moisson estivale productive et un automne serein. Les temps sont durs, mais le danger n'est pas aux portes. Du moins, pas pour l'instant...

Un nuage de poussière s'élève et grossit en effet à l'horizon de la ville. Sont-ce de nouveau les Chiens de Guerre Toulousains et leur chef implacable Humunguy, qui avaient profité il y a quelques mois d'une brèche ouverte par traitrise dans les défenses pour s'emparer d'un butin inespéré ? Sont-ce ces maudits Basques et leur maître l'Outremangeur, une bande de motards livrés à eux-mêmes, désespérés et prêts à tout, qui sont venus il y a quelques jours s'emparer de réserves importantes pour la survie de la communauté ?

Immédiatement, le rappel est battu. Les femmes ramassent rapidement leurs paniers et se précipitent à l'abri des remparts. Les enfants sont emmenés et cachés dans des caves. Vite, les portes se ferment et sont renforcées par de lourds madriers. Les snipers, dont les deux héros de la cité, Barnard le Long Fusil et Sylvère L'Eclair, ne tardent pas à gagner le chemin de ronde pour tenter d'identifier cette nouvelle menace.

Le nuage se rapproche lentement mais sûrement et un brouhaha mécanique s'amplifie peu à peu dans la campagne. Quelques minutes après, la bande de maraudeurs est en vue. Une rumeur d'effroi parcourt les fortifications :
- Les Arvernes Sales et Méchants ! On les reconnaît à leurs ridicules armures en caoutchouc et à leurs couleurs criardes...
C'est la stupéfaction dans la ville. Même les Avants semblent frappés de peur. Sur l'un des véhicules des Arvernes, deux rugbymen sont attachés, tels des figures de proue, et hurlent des supplications.
- C'est Donguy Porte Flingues !... et Bézy La Gachette Grippée !... crie une voix anonyme chez les Agenais.

- Hormis ces Chiens de Toulousains, ce ne pouvait être pire...
Le Doyen Lanta, vieux sage et conseiller de la ville, a lâché cette petite phrase à part lui, mais tout son entourage l'a entendue. Il poursuit :
- Je savais qu'ils étaient dans le coin... Apparemment, un gang composé de sous-fifres toulousains s'est attaqué à eux la semaine dernière. Mal leur en a pris... Ils en ont épargné un, le plus jeune, pour qu'il témoigne... Et maintenant, il viennent dans la région pour se venger...
Il saisit la longue vue qu'il a toujours à sa ceinture. Il soupire :
- Hum ! Je vois les deux Bikers Guerriers, Le Scud et Strong Yo, juchés sur leurs montures infernales... Il y a aussi leurs deux snipers, Skinny la Skrèle et Magic Foot Brockie... Ah ! Vern Le Sorcier est là... Ils ne sont pas ici pour manger des pruneaux... Ils sont même venus avec Mad Jim Buttin et Crazy Naïkat', le déséquilibré imprévisible des îles...
Il continue à scruter l'horizon en translatant sa longue vue d'un côté à l'autre.
- C'est bizarre, je ne vois pas Gerhard Le Bélier, ni Le Barde psychopathe... On dirait qu'ils ne sont pas là... Ni Rahan, ni Le Merdeux, ni Averell Dalton, ni Le Boucher de Bruges, ni Junior Bonner Le Bagarreur...

Soudain, une silhouette s'extirpe du rodéo de motos et d'automobiles trafiquées qui avait fini par arrêter sa progression chaotique sur un terrain de rugby vague. L'homme porte un heaume ajouré qui lui masque le visage, surmonté d'une crête rousse. Le reste de son corps musclé est nu, à l'exception de la ceinture pelvienne, protégé par une culotte rapiécée de pneus. Il a un combiné de téléphone à la main, relié par un fil tortillé à une improbable sono antique bricolée et raccordée à deux hauts-parleurs volés à un groupe de Hard Rock clermontois des années 90, les Real Cool Killers.

Un nervi, Alex Le Tube, revêtu d'une ridicule tunique en peau de Racingman, hurle de toutes ses tripes :
- Place à Elvis, le Saigneur de la Mêlée... Le... Le... Prince de la Guerre et de la Paix... Le... Le... Grand Ayatollah des Hauts Plateaux de Fromage vous parle !
L'homme casqué s'exprime d'une voix lente et répercutée dans toute la vallée par l'écho de la sono :
- Je suis Elvis, le King du Catch et des Corps à Corps. Je suis profondément déçu. Vous m'avez à nouveau forcé à lâcher mes Prêtres de la Mort ! Regardez ce qu'il reste des vaillants Chiens de Guerre de vos voisins toulousains - il montre d'un bras accusateur les deux hommes ligotés qui continuent de s'époumoner en promettant l'intelligence situationnelle à ceux qui viendraient à leur secours.
Le Heaume en colère froide poursuit sans se soucier de ses victimes :
- Les gens de votre espèce ne sont pas raisonnables ! Vous continuez à vous accaparer les points de ravitaillement. Mais nous savons tous que nul dans ce conflit n'est tout à fait pur et je suis venu vous proposer un compromis.
Là-dessus, un jeune rookie, Oléon Le Front d'Acier, se précipite aux côtés du Heaume et l'invective en gesticulant :
- Non, pas de compromis ! Tuons les tous !
Le Heaume applique une prise de soumission au jeune guerrier. Il lui murmure à l'oreille :
- Du calme, brave Prêtre de la Mort. Je comprends ta douleur. Nous avons tous perdu des points précieux dans ce combat infini. Mais l'heure de la vengeance n'a pas encore sonné. Nous reprendrons ce qui nous appartient le printemps revenu...
Repoussant le rookie avec une infinie délicatesse, contrastant avec l'impression de puissance qu'il dégage, le Heaume reprend :
- Il y a déjà eu trop de violence, trop de souffrance ! Je suis encore en mesure de maîtriser mes jeunes Guerriers de l'Apocalypse. Mais ce sont de vaillants soldats sevrés et assoiffés de combat, qui feront leur miel de toutes les razzias... Ne les provoquez donc pas ! Si vous vous soumettez, nous serons magnanimes et nous vous laisserons de quoi survivre, un bonus, si l'on peut dire... Mais si vous résistez, alors nous déchaînerons les feux de l'enfer sur votre pauvre cité et vous ne pourrez vous en prendre qu'à vous-mêmes d'être entrés dans la vallée de la mort !
Il fit une pause et inclina légèrement du chef, comme écrasé par le poids des responsabilités et de la fatigue. Puis il reprit :
- Je vous laisse étudier cette proposition raisonnable : vous avez quatre-vingt minutes pour donner votre réponse.

Le Heaume reposa son microphone improvisé et rejoignit la meute qui fourbissait ses armes, laissant les Agenais dans la plus angoissante des expectatives...

PS : Petit flash back kitsch et sympathique ici.

samedi 3 mars 2012

Double peine

Tout d'abord, je souhaitais remercier mon ami Guy, qui m'a fait un joli cadeau en envoyant visiter Vulcania une équipe comment dire... bricolée comme un 103 SP... charcutée comme une prostituée brésilienne... bidouillée comme une élection sénégalaise... bref, un truc étrange, pas forcément laid mais bizarre, comme une journée de doublons, comme un lancement de jeu du XV de France. D'ailleurs, ce n'est pas Maître Guy que je devrais remercier, c'est la LNR et la FFR... Un Charlot est mort ce week end, mais la relève est assurée...
On aurait pu prendre cinq points si on avait été moins maladroit, mais, mine de rien, on en a tout de même passés trente-cinq... Et en définitive, ce match entre "équipes B" valait bien les autres confrontations "au complet" de la journée. En particulier, le CO - LOU avait un gros air de Pro-D2, et encore, je suis méchant pour la Pro-D2...
Pour finir ce billet aussi pauvre que le spectacle sur les terrains de rugby ces derniers jours, je vous confirme que le seul Aurélien Impérial qui a joué ce week end était à Clermont...

mardi 28 février 2012

Retour de Bayonne

Bayonne...
Il a bien fallu que je leur annonce la nouvelle :
- Bon, les gars, le week end prochain, c'est Bayonne...
Stupeur dans le vestiaire.
- Déjà ? Mais on les a déjà joués l'année dernière...
C'était Jean-Marcellin : il existe une part de candeur dans son talent. Je me demande même si sa candeur n'est pas son talent.
- Et oui les gars, c'est le principe des matches allers - retours...
Elvis reprenait son rôle de grand frère. On sentait bien le poids sur ses épaules pourtant larges. Combien de temps résisterait-il encore avant de s'effondrer définitivement ? Le déambulateur l'aidait beaucoup, mais tout de même, j'en demandais trop à un homme de son âge.
- Si on faisait deux poules de huit sans retours, ça n'arriverait pas des choses pareilles... Voir ça en 2012...
David Skrela lisait mon blog. Je le remerciais du regard pour cet hommage déguisé, mais révélateur de notre impuissance. Il allait falloir aller jouer à Bayonne.
- Et il faut que cela tombe pendant les doublons... C'est toujours les mêmes qui ramassent...
D'habitude, j'aurais ordonné à Alexandre Audebert d'aller faire trois tours de terrain, mais à cet instant, je ne pouvais pas vraiment le blâmer de cet aveu de découragement temporaire...
- On ne pourrait pas prétexter un terrain gelé ? une alerte à la bombe ? la perte du triple A de l'Auvergne ?
Le Tube tentait le tout pour le tout.
- Non Alex, c'est mort. D'un autre côté, si on les bat, ils seront en Pro D2 l'année prochaine, et on en sera débarrassé pour un bout de temps...
- Vous croyez que ce qui s'est passé à Bourgoin arrivera à Bayonne, coach ?
C'était Benoit Cabello qui nous rappelait sa vieille parenté berjallienne. Lui qui avait également talonné à Brive savait ce que c'était que de jouer le maintien dès la troisième journée...
- Je ne sais pas Benoit... Je ne sais pas... Les Basques sont puissants... et durs au mal... Mais l'Union Soviétique s'est bien effondrée du jour au lendemain après avoir vaincu la plus puissante armée du monde...
Ils méditèrent tous cette vérité en hochant la tête et regardant leurs crampons.
Pourquoi cette phrase avait-elle fait sens pour mes joueurs ? Parce que j'avais tenu à ce qu'ils assistent à un séminaire intitulé "Luttes de pouvoir(s) et succession révolutionnaire, une nouvelle optique de la dialectique marxiste - une vision du XXème congrès du PCUS par le prisme de l'Aviron Bayonnais", organisé par la faculté de Rugby de Clermont-Ferrand et sponsorisé par Optic 2000. Les plus grands spécialistes de l'URSS, Jacques Sapir, Marc Ferro, Emmanuel Todd, Hélène Carrère d'Encausse, Alexandre Adler... s'étaient réunis pour tenter un début de commencement d'explication sur ce qu'il se passait à Bayonne. Le CNRS était sur le coup, mais les meilleurs Think Tanks américains avaient abandonné, quant à Julian Assange, il se déclarait incompétent : tous, en tout cas, en étaient frappés et s'accordaient sur l'immense complexité de la question. Il faudrait attendre la déclassification, dans une cinquantaine de saisons, de certaines archives (et encore...) pour amorcer des hypothèses étayées. D'ici là, on ne pouvait que se perdre en conjectures.
Mais je voulais que les joueurs sachent et comprennent. Je leur avais fait lire le Retour de l'URSS de Gide. Ils devaient par tous les moyens se rendre compte de la situation, de l'autre côté du mur, et réaliser ce qui pouvait conduire une grande idée servie par des gens talentueux à la catastrophe...
Certes, il y avait déjà eu Bourgoin. Mais, la chute du CSBJ était l'histoire trop souvent racontée de la lente décadence annoncée d'un État qui se néglige et qui vit sur sa gloire révolue, une forme rugbystique de l'Homme Malade Ottoman... Et l'opacité des coutumes basques, le secret de leurs usages, les incertitudes quant à leur base idéologique, la difficulté à repérer et discriminer les grands courants qui s'opposaient et se combinaient, sans parler de la rivalité séculaire qui les confrontait à un puissant voisin, rendaient une analyse de la situation bayonnaise aussi aléatoire qu'une relance de Sione Lauaki sur un départ au ras de la mêlée dans ses 22 mètres...
Tiens, ce pauvre Sione... Il était, pour ainsi dire, passé à l'Ouest... Les nouvelles qui nous parvenaient de lui n'étaient pas bonnes... Outre un niveau de jeu pathétique, l'hygiène de vie discutable de sa nouvelle patrie semblait avoir des répercussions sur sa santé... La satisfaction d'avoir recruté Gerhard, puis Damien Chouly, ne pouvait me consoler de cet immense gâchis...
Alexandre Adler avait bien tenté de nous décrire ce qu'il appelait les "faisceaux" (certainement par analogie avec l'optique) et avait évoqué celui qu'il avait surnommé le petit père du peuple de Jean Dauger, ancien optométriste de nuit à Genève, qui, après avoir écarté l'ensemble de l'opposition régionaliste, régne brutalement et sans partage, n'hésitant pas à conduire des purges au sein des élites et des cadres du club. La dernière en date, l'éviction du crypto-trotskiste Ellissalde, qui avait sauvé l'Aviron il y a quelques années en réorganisant l'armée bleue et blanche, témoignait de la pression qui pesait sur les planificateurs bayonnais, dont les résultats n'étaient pas à la hauteur des prévisions, ou plutôt des ukases, du Gosplan...

Quoi qu'il en fut, il fallait aller jouer à Bayonne. Et si je savais que nous ne gagnerions certainement pas sur le front de l'Ouest, j'avais au moins pris mes responsabilités politiques.

Lorsque nous arrivâmes, je dis à Siti d'aller saluer son pote Joe Rockoçoko. Siti me répondit :
- Joe ? Mais ce n'est pas lui !
Il ne l'avait pas reconnu. Il faut dire qu'il trainait son mal être à l'aile, comme l'âme en peine d'un Rugby-Champagne éventé. Ce n'était pas Joe Rokoçoko, c'était le fantôme de Joe Rokoçoko. Il semblait mâché comme après un plaquage samoan, comme s'il avait passé une saison dans l'enfer d'un goulag d'Ovalie du Nord. Je le vis sortir du stade, après le match, anonyme comme un Fidjien en exil. Il ressemblait à Delasau pendant sa période montalbanaise. Temps de jeu, que de crimes on commet en ton nom... Il portait une toque en fourrure et des chaussures à fermetures éclair. Grises. Il cherchait à se protéger du froid. Le système avait broyé le talent, la grâce, l'éclat. Siti n'avait pas souhaité lui rendre visite. Par superstition, certainement. Par délicatesse, aussi...

Au final, cela ne se passa pas si mal... Ce match, on le joue dix fois, on le gagne neuf fois. Mais je crois que les joueurs ont eu pitié. Ils ont respecté par-dessus tout cette équipe qui se bat avec les armes qu'on lui a données, pour une patrie confisquée, pour un peuple affligé qui fête les matches nuls comme les plus grandes victoires...

mardi 14 février 2012

Groundhog Day : Somnum Guy Novis

De temps en temps, avec Maître Guy, on s'appelle. Dimanche matin, très tôt, mon portable a vibré très fort sur ma table de nuit. Dans mon demi-sommeil, l'espace d'un mouvement rapide de l’œil, j'ai cru que c'était la NZRU qui m'appelait, à la suite du décès de Steve Hansen dans une baignoire d'un hôtel d'Auckland...

C'était Maître Guy, le Recordman de France cadet du 1200 mètres, Celui qui empêcha Villepreux de devenir Berbizier, l'Homme qui a dit Non (au poste de sélectionneur). Je ne m'attendais pas à lui parler à cette heure de la journée, alors que je l'imaginais dormir du sommeil du Juste après avoir déjoué, vendredi dernier, le complot basquo-arbitral.

Guy était très agité. J'entendais sa voix essoufflée alors que je me redressais en essayant de ne pas réveiller ma femme.
- Vern, c'est toi ?
- Oui, Guy, c'est moi. Il est un peu tôt, tu ne trouves pas ?
- J'ai fait un cauchemar affreux...
- Tu as rêvé que tu avais recruté le jardinier du Stade de France ?
- Pire !
- Ah quand même... Tu me racontes ?
Je me levais et j'allais me préparer un café dans la cuisine.

- Alors voila : je me suis réveillé un matin dans une chambre d'hôtel d'un petite ville de province, Bordeaux... ou Lyon, à moins que ce ne soit Biarritz, je ne sais plus... Peu importe... J'avais programmé la télévision pour être réveillé en musique : c'était le clip de "Il est vraiment phénoménal" par Patrick Sébastien.
- Ouch !.. Drôle de réveil...
- Ouais, un truc improbable, un peu comme si Bernard Laporte donnait des leçons de déontologie...
- Euh... Il l'a fait je crois...
- Ah !.. Ben mon vieux... Bref ! Je me lève, j'éteins la télé et je mets à la place le Stabat Mater de Poulenc pour me donner du cœur pour la conférence de presse. Parce que, je ne te l'ai pas dit, mais c'est un week end de doublons. Je descends dans le hall de l’hôtel, et là, je tombe sur le MIDOL du vendredi et je lis, entre un scandale sur l'arbitrage et un limogeage d'entraîneur, que le top 16 est recréé pour la saison suivante. Je prends déjà un gros coup sur la tête... La journée passe, jusqu'au match. On perd, ma première ligne, composée de jokers médicaux, se blesse, ainsi que ma charnière. On prend l'avion pour rentrer rapidement à Toulouse, et je perds trois joueurs supplémentaires à la suite d'une mauvaise manipulation de porte en plein vol. Arrivé à la maison, je me mets devant le match du XV de France pour critiquer ce pauvre nul de sélectionneur à qui j'ai daigné céder la place. C'est bien la peine de sélectionner 13 joueurs du Stade pour gagner sur un contre et deux interceptions... Mais, comme il fait trop froid, la rencontre est annulée deux minutes avant les hymnes et est reportée lors de la journée de championnat où le premier rencontre son dauphin...
- Ah ouais... Dure journée...
- Attends, c'est pas terminé ! Je prends deux prozac et un lexomil pour parvenir à m'endormir. Le lendemain, je me réveille dans une chambre d’hôtel d'une ville de province, avec "Il est vraiment phénoménal" de Patrick Sébastien à la télévision... Quel soulagement lorsque je me suis réveillé...

Je contemplais le lever du soleil à travers les fenêtres de la cuisine. Le froid rendait l'air de la montagne cristallin. Le paysage me rappelait la Nouvelle Zélande. Une bouffée de nostalgie m'envahit.

- Guy ?
- Oui ?
- Guy, tu ne rêves pas. Ton cauchemar, c'est la réalité. Ça s'appelle le rugby français...

mardi 7 février 2012

Wallons enfants !

Vous vous souvenez certainement de la lettre poignante que Roro m'avait écrite depuis la Nouvelle Zélande, puis celle plus enjouée que m'avait adressée le Merdeux quelques jours plus tard. Aujourd'hui, c'est Vincent Debaty qui nous fait partager son quotidien à Marcoussis.

Cher Papa,

Je suis bien rendu à Marcoussis avec les deux peyes, le snul et les deux arsouilles. Morgan le ket n'a pas arrêté d'asticoter tout le monde pendant le voyage qu'il a fallu lui dire, plutôt deux fois qu'une fois, d'aller chier dans sa caisse et volle petrol !
Arrivés là-bas, un sacré brol ! On s'est pris une drache de chez drache, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il faisait pas douf et que le temps était plutôt cru. D'autant plus que le patron était pas forcément à s'naise avant son premier match, ce qui fait qu'on avait l'impression d'être revenus à l'athénée, mais qu'on préparait pas une fancy-fair...
Pas question d'aller guindailler entre l'heure de midi ou même après, il fallait écouter des élocutions plutôt pelantes et on n'a pas eu trop de fourche entre les séances d'entraînement. Heureusement, il y a toujours quelques gonzagues et quelques frotte-manches pour poser des questions intelligentes sur le cahier de jeu et pour demander des séances vidéos supplémentaires.
Sinon, j'dois avouer que les repas m'ont pas trop goûté... Pas moyen de trouver une fritkot correcte dans ce zoning. A titre exemplatif, impossible d'avoir une rawette pour le souper. Quant aux fricadelles et aux ballekes, ils les ont jamais vues, même de profil...
Bon, mais je sais te dire que je suis plutôt binaize et que l'entrée sur la pelouse du Stade de France et la Marseillaise ont été un grand moment, potferdek ! C'est là que tu regrettes pas d'avoir abandonné le kicker pour le rugby... J'en avais les kiekebiches ! Faut dire que j'étais un peu stressé, limite labbekak, pendant l'avant-match.
Mais quand j'ai vu ce nek de Castro avec son air de ronny, j'ai tout de suite eu envie d'aller à la margaille. Ca n'a pas été la zwanze ni la foïfe, ça non... Il m'a bien tordu, le castard, une vraie bomme, mais sur deux mêlées, on leur a bien rendu la monnaie de leur pièce. Je dois avouer que j'ai plutôt joué en stoemmelings, et puis, avant la sextantième, le boss m'a rappelé sur la banc.
Le soir, ne t'inquiète pas, on est allé boire une pinte tranquille et on n'a pas eu besoin de faire le bob car aucun n'était kervé.
J'ai tout de même peur de la buse et car je ne bisse pas sur le prochain match. Mais bon, cette deuxième krolle, c'était quelque chose !

Alleeeeï ! Je te fais une baise !

Vincent "Le Belge"

lundi 30 janvier 2012

Mise en abyme

Ce matin, Jean-Marc a passé sa tête dans l’entrebâillement de la porte de mon bureau. Comme les joueurs sont en vacances, et que je m'ennuyais un peu, je regardais des vidéos de Sivivatu sur YouTube : ça me fait le même effet que lorsque je vais au Musée du Louvre ou lorsque je lis un poème de Rimbaud... Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens mieux, meilleur... Ce doit être ça, la puissance de l'artiste, le sentiment de l'art...
Bref, j'ai fermé la fenêtre, cliqué sur le MIDOL du jour pour faire plus "pro" et j'ai invité Jean-Marc à s'asseoir.
- Ça va ? a-t-il commencé, avec un air rempli d'interrogative commisération.
J'ai dû prendre une mine encore plus renfrognée que d'habitude. Il faut dire que je me demandais vraiment ce qu'il allait encore inventer... Il a aussitôt enchaîné, mi-gêné mi-rassuré :
- Non parce que tu vois, René, Jean-Pierre et moi, on lit ton blog...
- Mon blog !?
- Ben oui, le Blog de Vern...
- Non mais attends, Jean-Marc, ce n'est pas "mon" blog !
- Oui, bien sûr... De la même manière que ce n'est pas vraiment "son" club, à Mourad Boudjellal...
- Non mais même, ce n'est pas moi qui écrit ce... ce... ce truc !
- Ben non, bien sûr, c'est Vern Dublogue : Vern Cotter, mais avec un nez rouge...
Et il me fit un clin d’œil...
Je commençais à être aussi exaspéré qu'après l'aller-retour express "banc des remplaçants - terrain" de Lionel Faure samedi soir... De la même manière que je déteste que l'on sabote bêtement un plan qui se déroule sans accroc, je déteste quand on me dérange pour des balivernes alors que je contemple Sivivatu... Une action de Sivivatu qui ne va pas au bout, c'est un peu comme une promesse d'amour déçue, comme une sodomie arbitrale sans le Racing ou le RCT, comme un orgasme interrompu. Jean-Marc n'en perdit pas pour autant de sa contenance :
- Donc, dans le blog qu'écrit Vern Dublogue (il me gratifia d'un regard appuyé, marqua une pause, puis reprit), dans "ce" blog, et tu noteras que je ne dis pas "dans ton blog", on a remarqué que c'était moins la déconnade qu'avant... Moins de délires inspirés par la culture underground, moins de photos truquées à l'arrache sur Paint, moins de références à Chuck Norris ou à la zoothropie présumée de Julien Bardy... Donc on s'inquiète un peu : on se demande si tu ne nous fais pas la petite déprime de la cinquantaine, bref, je viens te voir pour vérifier que tout va bien.
Silence.
J'étais médusé.
J'ai hésité quelques instants.
Soit j'appuyais sur le bouton rouge de mon téléphone, et, quelques secondes plus tard, Jamie et Gerhard apparaissaient et viraient le gêneur à leur manière. C'est la méthode que j'utilise pour les conférences de presse : on évite les pertes de temps et les questions inutiles du genre : "alors content d'avoir gagné ?" ou "est-ce que le doublé est possible ?"
Mon doigt a tremblé, le temps d'une prise d'intervalle de Brent Russel, au dessus du clavier.
Mais je me suis ravisé. Je me suis dit qu'à cinquante ans, il était temps d'agir en homme raisonnable...
- Il y a une part de vrai dans ce que tu dis. Tu sais, ce n'est pas évident pour moi en ce moment. Depuis que j'ai échoué à faire assassiner Steve Hansen, la vie me semble bien monotone... Douze victoires, dont cinq à l'extérieur, invaincu à domicile... On gagne autant quand les internationaux sont là que lorsqu'ils ne sont pas là... L'ambiance de l'équipe est exceptionnelle : quand tu vois l'état d'esprit d'un Cabello, d'un Audebert ou d'un Sivivatu, c'est à se demander si ces mecs ne sont pas drogués aux vapeurs de caoutchouc...
Jean-Marc esquissa un sourire.
- J'avais dit pas de visite de l'Aventure Michelin...
- Non non ! Ce doit être l'air de la montagne...
- Bon, bref, imagine que tu aies à rédiger un billet humoristicomique avec ça ! Une fois que tu t'es foutu de la gueule de Malzieu et de ses poulets et que tu as sorti deux vannes capillaires sur Roro, tu peux y aller pour trouver un fil directeur... Ce matin, j'ai lu l'interview de Saint Julien Bonnaire dans le MIDOL : j'en avais les larmes aux yeux tellement c'est beau et pur. Avec des mecs comme ça, tu peux partir en vacances au Mali... Tu vois, il y a des jours où je rêve d'être le coach de Bayonne... Voila un vrai challenge : des stars et des paillettes, un projet sportif en berne, du sang et des larmes chaque week end, des cartons rouges, des joueurs agressés par des spectateurs, des jeux de pouvoir dignes de l'Union soviétique des années 20... Et pense à ce que pourrait être le Blog de Vern version Moko de la Rade... Pour te donner une idée, ce serait comme si les scénaristes de "Plus Belle La Vie", sous "hallu", rencontraient les fils naturels des Monty Python et de Kim Jong Il... Alors oui, Jean-Marc, en toute franchise, je trime un peu pour trouver de quoi alimenter la chaudière à déconne : jamais un caprice de star, un président décoré de la légion d'honneur maire d'Eygalières, un directeur sportif toujours dans la mesure, des joueurs exemplaires à la ville comme sur le terrain, un centre de formation qui tourne à plein régime, une courbe des résultats dont la forme rappelle l'électroencéphalogramme d'un bulot. Heureusement que, de temps en temps, M. Berdos arbitre nos matches... En fait, Jean-Marc, tu sais ce dont le club a besoin ?
- Heu, un troisième ligne centre perforant ?
- Non, Jean-Marc, ce qu'il nous faudrait, c'est une bonne crise...

jeudi 5 janvier 2012

La liste

Elle était affichée, comme une pub de ciné, punaisée au tableau, wohohoho...
Elle rêvait qu'elle tournait, comme pour un bout d'essai, à la rugby world cup, wohohoho...

Elle n'en avait pas assez, la liste de Saint André, l'Eden Park est dans sa tête, toute seule elle s'répète...

Et Guytou n'en pouvait plus, car en plus des doublons, relégué dans son frigo, Fritz était de trop...


Edouard Michel 1 - La liste couleur gigot - haricot

La liste était punaisée sur la porte du vestiaire. Un attroupement de joueurs s'était formé autour. Vincent Debaty demandait à Jamie de le frapper pour vérifier qu'il ne rêvait pas. Benji, apprenant la non sélection de Florian Fritz et les antécédents familiaux du sélectionneur, partit initier une demande de changement de nom.
Un carrosse en livrée dorée, tiré par Wesley et Clément, s'arrêta devant le vestiaire. Roro, en marquis poudré, en descendit, accompagné du Merdeux, ou plutôt, de la Merdeuse, accoutré en demoiselle de compagnie, avec un éventail et une mouche sur la joue. Roro écarta les badauds de sa canne, jeta un œil suspicieux sur la liste en approchant un antique face-à-main de son nez, prit un air dégouté et soupira :
- Pfff... David...
Puis il remonta dans son carrosse, suivi de Morgane qui gloussait comme une jeune vierge, et lança, dédaigneux, à Wesley :
- A Marcoussis !
Julien Pierre et Jubon, découvrant leurs noms, se tapèrent dans la main en hurlant :
- Berjallia Power ! I will survive !
Puis ils sollicitèrent une minute de silence pour Nallet et Chabal.
Dans la foulée, le Zen me demanda de ne plus jouer jusqu'au tournoi pour ne pas se blesser.
Pour finir, Jean-Marc vint me trouver en me tendant son téléphone portable :
- C'est Bouscatel. Il veut que tu parles à Guy Novès qui est sur le toit du Stadium et qui menace de se suicider pour une vague histoire de doublons...