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lundi 19 décembre 2011

L'ASM en 26 lettres (5)

U comme Under Armour
Pas question ici de faire de la publicité gratuite pour l'équipementier actuel de l'ASM. Mais rappeler que nous sommes dans l'ère du merchandising et que les bénéfices issus de la vente de produits dérivés, même s'ils restent marginaux dans le budget d'un club (7% pour l'ASM si l'on y joint l'évènementiel - source ici), n'en sont pas pour autant négligeables, en particulier en temps de crise où les partenariats avec les acteurs publics et privés pourraient être revus à la baisse en cas de soubresauts de l'économie... A n'en pas douter, si l'on en juge par les tenues chamarrées des supporters au stade ou par les difficultés d'approvisionnement après les fêtes de fin d'année, la boutique du club se porte bien. En revanche, on peut être plus sceptique sur la qualité et l'esthétique de l'offre. A l'heure où de nombreux rugbymen lancent ou soutiennent des lignes de prêt à porter (dans la lignée de leurs glorieux anciens Serge Blanco et Eden Park, citons, par exemple, Sebastien Chabal, mais aussi les frères Domingo, on peut s'interroger, légitimement, sur l'impossibilité d'acquérir dans les boutiques de l'ASM un effet vestimentaire que l'on puisse porter en dehors d'une séance de sport ou sans faire insulte à la mode (j'exagère, mais pas tant que cela finalement)... Il semble que nous soyons cantonnés, si nous souhaitons arborer fièrement les couleurs de notre équipe favorite, à du "sous-Eden Park". Sans préjuger des goûts des clients habituels, il me paraîtrait envisageable, pour une SASP de la dimension de l'ASMCA et sans augmentation exponentielle des tarifs (ou en plus de l'offre déjà existante), de proposer au supporter fervent mais soucieux de son élégance et de l'image qu'il donne de son club, quelques produits mieux taillés, mieux dessinés, et surtout, plus jolis...

V comme Vern
Il est venu, Il a vu, il a perdu, il a perdu, il a perdu, il a vaincu : le bouclier a enfin été invité à faire un tour à Clermont-Ferrand. Être champion du monde avec la Nouvelle-Zélande ? Trop facile, déjà fait. Non, ici, on a un challenge à la mesure de l'homme. Pas question de repartir aux Antipodes sans avoir ramené la HCUP. S'il le faut, les Auvergnats feront péter l'un de leurs volcans pour bloquer le trafic aérien et empêcher le retour du sorcier sur ses terres avant que la besogne ne soit faite. A propos, M. Cotter, votre statue, vous la voulez dans quel coin de la place de Jaude ? Côté Vercingétorix ou côté Maréchal Desaix ?

W comme What a Wookie
May the Force be with Him...


Nota : J'espère que l'Ayatollah des Rock'n Rollers ne m'en voudra pas de l'avoir pillé...

X comme "eXcusez-moi M. l'arbitre"
Cette petite phrase, volée par les micros d'ambiance et prononcée par Elvis Vermeulen, après avoir commis une faute bénigne, au cours d'un match du Top 14 de la saison 2011-2012, est d'autant plus exemplaire qu'elle est devenue rare dans le sport professionnel, où l'enjeu a pris le pas sur l'élégance et la prise de recul. Il reste à espérer que cet état d'esprit, incarné par un joueur emblématique du club, perdure...

Y comme Yves du Manoir
Yves Frantz Loys Marie Le Pelley du Manoir était doué pour tout : polytechnicien, pilote militaire, il débuta une carrière de rugbyman international à 20 ans et, adulé du public, fut considéré comme le meilleur joueur français dès sa première sélection ! La brillante carrière de cet "arrière" polyvalent fut brisée par un crash aéronautique qui l'emporta à seulement 23 ans. Le challenge éponyme fut créé en 1931 par le Racing Club de France (où du Manoir jouait) pour remettre au goût du jour le beau jeu et le jeu tout court, à une époque où la recherche de la victoire à tout prix avait sonné le glas des grandes envolées (ce qui n'est pas sans rappeler notre actuel Top 14...). Des règles spécifiques veillaient à ce que le ballon vive et que les rencontres ne soient pas hachées par les arrêts de jeu. En particulier, les coups de pieds "placés" (pénalités et transformations) étaient interdits. Il est intéressant de noter que l'ASM fut, avec le CA Bègles, partie prenante dans la création de cette nouvelle compétition où le fair play avait une place prépondérante. Intéressant également de constater, en regard de son histoire en championnat et de sa culture, que l'ASM a remporté le trophée quatre fois (une de moins que Dax, autre maudit...), échouant en finale six fois, ce qui en fait le club le plus souvent finaliste après le RC Narbonne (douze finales, dont neuf victoires).

Z comme
Génération Z
La génération Z représente, en sociologie, les êtres humains nés après 1995. Si cette date fait sens dans le monde engendré par la fin de la Guerre Froide, elle correspond aux débuts du professionnalisme au rugby. Arrivent désormais sur les terrains des joueurs qui n'ont pas connu les heures plus ou moins glorieuses de l'amateurisme (y compris de couleur marron...) et qui considèrent ce sport comme un métier à part entière, voire comme une entreprise de spectacle. Si nous sommes dans une période charnière de l'histoire du noble jeu, nul doute que cette nouvelle génération aura une lourde responsabilité dans l'évolution du rugby, si fier de ses valeurs et souvent opposé, à tort ou à raison, au football et à ses excès. Le principal défi de l'ASMCA, en passe de devenir un club majeur et emblématique de ce deuxième siècle d'existence, ne sera, de ce fait, peut être pas purement sportif, mais pourrait bien être la préservation de son identité, de son âme et de ses traditions face au tsunami de l'argent et de la notoriété. Car, et il convient de ne jamais l'oublier, tout cela n'est que du rugby...

De A à E.
De F à J
.
De K à O.
De P à T.

mardi 13 décembre 2011

L'ASM en 26 lettres (4)

P comme Public
Existe-t-il un meilleur public dans l'univers que celui de l'ASM ? Bon, c'est sûr, il y a les supporters brésiliens de football, ceux de Liverpool ou de Sankt Pauli. Mais au rugby ? Bon, d'accord, la Red Army du Munster peut lui faire concurrence. Mais en France ? A n'en pas douter, il n'en existe pas de plus respectueux, de plus fidèle, de plus enthousiaste, de plus fair play, dans la victoire comme dans la défaite (la preuve ici). Ce public est en fait à l'image de l'Auvergne et de son club. Pas forcément très glamour, pas délirant non plus (quoique...), mais simple, franc, non dénué d'humour, et généreux à l'égard de ceux qui ont beaucoup donné pour le club. Bref, qu'il ne change pas...

Q comme Quatre-vingt-quatorze
L'une des plus belles épopées de l'ASM. La dernière avant le professionnalisme. Une bande de potes, emmenée par l'exceptionnel duo Victor Boffelli (l'Aurillacois qui partageait sa vie entre l'ASM et le Cantal) - Patrick Boucheix, un jeu total, du talent à tous les postes. Les Saint-André (frères), Ribeyrolles, Darlet, Juillet, Versailles, Bertrank, Costes, Lecomte, Heyer, Duchesne, Ladouce, Pradier (avec une réussite au pied insolente et un abattage monstrueux en défense), Lhermet, Mallaret, Marocco, Menieu, Prégermain, Rioux, Romeu, Nicol, entre autres... accomplirent de formidables phases finales, atteignant également la finale du Challenge Yves du Manoir. Des matches héroïques contre Toulon, puis Grenoble, en quart et en demi. Et une magnifique finale contre Toulouse, évidemment, qui avait été battu en quart du "du Manoir" quelques semaines plus tôt, avec la glissade de Bertrank, le formidable essai de Juillet et la seule réception que PSA n'aurait pas dû manquer dans sa belle carrière, sur une énième chandelle assassine de Deylaud...
Mais le plus marquant, ce fut certainement l'accueil qui fut réservé à l'équipe à son retour de Paris, à la gare, sur le trajet qui les menait au stade, et, finalement, au Michelin, où une émouvante communion avec les supporters concluait superbement cette grande aventure. Le mot de la fin était cependant revenu, je pense, à Jean-Marc Lhermet, le vieux lion, capitaine courageux et exemplaire, qui déclarait, dans l'instant de la défaite, alors que Philippe Saint André effectuait un tour d'honneur en larmes : "On donne du bonheur à beaucoup de gens, et c'est ça l'essentiel".

R comme Rougerie
S'il n'en fallait qu'un... Il se dit dans les travées du Michelin que l'équipe n'est pas la même lorsqu'il n'est pas là. 100 kilogrammes de talent et de force pure, Aurélien Rougerie, Roro pour les intimes, le Lomu blanc pour les fans, est le capitaine emblématique du XV de l'ASM, le premier a avoir brandi le bouclier et le premier aussi, a avoir dérogé au protocole et l'avoir offert aux supporters avant de monter sur la ridicule estrade du sponsor du Top 14. Communiquant avisé et un rien provocateur, "grand frère" des lignes arrières auvergnates et françaises, égérie d'une marque de slips (oui, c'est comme cela que cela s'appelle), feuilleton capillaire, énigme pour le corps médical en raison de ses convalescences aussi rapides et nombreuses que ses accélérations, "fils de", formé au club, clermontois d'origine et de toujours, le French Kirwan est surtout un joueur de rugby exceptionnel, doté d'un physique hors norme, membre de l'équipe première dès l'âge de 19 ans, international à 21 ans (deuxième marqueur d'essais du XV de France en activité...) et reconverti au centre avec le succès que l'on sait. Que dire de plus, sinon qu'il ne manque à son palmarès déjà bien garni qu'une HCUP et une coupe du monde et qu'à ce rythme, il ne serait pas surprenant qu'on le retrouve un jour parmi les "officiels" du club, voire de la fédération...

S comme Seize pattes
Avec le Saint Nectaire, le Puy de Dôme et le pneumatique démontable, le monstre à seize pattes est la fierté de l'Auvergnat, une appellation d'origine contrôlée, souvent imitée, rarement égalée. Si la paternité de ce surnom est incertaine, cette dénomination qualifiait le glorieux pack des années 70, défait par deux fois en finale du championnat (1970 contre La Voulte des frères Cambérabéro, 1978 contre le grand Béziers), et vainqueur du "Du Manoir" en 1976, quelques jours après la mort tragique de Jean-François Philiponeau. Inutile de préciser qu'à l'ASM, on a bien compris que la mêlée était la maison mère du rugby et qu'il était vain de construire une maison sans de solides fondations. De nos jours, les Domingo, Ric, Chaume, Jacquet, Lapandry et autres Hézard, formés au club, perpétuent la tradition, pour le plus grand bonheur des inconditionnels de ce chef d’œuvre en péril qu'est la mêlée fermée...

T comme Talent
Oui, du talent, en Auvergne, on en a plein ! Alors, c'est sûr, on n'aura jamais la caisse de résonance de la capitale, ni même d'une grande métropole provinciale, parce que, allez savoir pourquoi, Clermont-Ferrand, nichée dans son écrin de nature, a la réputation d'être une ville noire et industrielle, sans éclat et sans relief. Pourtant, le relief, ce n'est pas ce qui manque dans la région. Alors certes, les plus récentes constructions du centre ville sont toutes plus hideuses les unes que les autres (sauf, peut être, le siège social de Michelin, je vous l'accorde...), mais à Clermont, on ne met pas son talent dans l'architecture. Et lorsqu'un architecte arrive en ville, il réussit même le tour de force, par obsession de la symétrie, de défigurer notre belle cathédrale... Non, à Clermont, le talent, on le place, ENTRE AUTRES, dans la musique, le cinéma, les présidents de la République (Montboudif et Chamalières, ça vous dit quelque chose ?), le fromage, le pâté aux pommes de terre et la charcuterie, l'industrie pharmaceutique, les universités (30 000 étudiants), les brasseries parisiennes, les pneumatiques et les cartes routières, l'agroalimentaire, l'aéronautique, les lip dub, la fabrication de billets de banque, et, naturellement, dans le rugby, l'ASM étant le plus grand pourvoyeur d'internationaux parmi les clubs français pendant la dernière coupe du monde (avec 14 sélectionnés), sans parler du nombre d'entraîneurs professionnels passés par le club, dont le dernier sélectionneur en date du XV de France... Il fallait que ce soit dit, c'est dit !
Je termine en précisant que ce billet n'a pas été commandité par l'office du tourisme (de toutes façons, la montagne, c'est toujours mieux sans les touristes...).

La suite à la prochaine lettre !

De A à E.
De F à J
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De K à O.

mardi 6 décembre 2011

L'ASM en 26 lettres (3)

K comme Kiole
Seti Kiole. Fred Weber. Brendan Reidy... Quelques noms parmi tant d'autres. Depuis les années 60, Clermont-Ferrand est une terre d'accueil pour les rugbymen venus d'autres contrées de l'Ovalie. L'ASM compte, pour la saison 2011-2012, dix-neuf "étrangers" dans son effectif professionnel, soit une proportion de 44%. Parmi eux, nombreux sont ceux qui sont des pièces maîtresses de l'équipe qui est parvenue à conquérir le bouclier en 2010. Ces exilés, parfois originaires d'endroits où l'Auvergne doit représenter une forme absolue d'exotisme et d'étrangeté, méritent donc un petit hommage. Mais cette internationalisation massive est récente. Pour mémoire, les groupes (double) finalistes de 1994 et 1999 ne comportent que des joueurs français et ils étaient seulement 8 "étrangers" en 2001.

L comme Lauaki
Il est arrivé comme un OVNI, lancé comme un cheval furieux dans les défenses, incarnant l'improbable synthèse de la puissance et de l'agilité. Il s'est mis à faire des chisteras, des raffuts, des gri-gri, des passes après contact, qui finissaient, la plupart du temps, au mieux dans les chaussettes de ses coéquipiers, au pire dans les mains de l'adversaire. Et puis on s'est habitué à ce joueur imprévisible, injouable, alternant le pire et le meilleur. On guettait avec gourmandise, à chaque match, ce geste incroyable qui ferait la différence, ce petit moment de grâce et d'élégance. Sione Lauaki, météorite à la trajectoire stochastique dans la constellation bien tranquille de l'ASM, n'est resté qu'une année en Auvergne, et il faut bien reconnaître qu'il n'était certainement pas fait pour vivre à Clermont-Ferrand. Mais il demeurera, à n'en pas douter, dans les souvenirs des amateurs parmi ces joueurs d'exception, qui, en une fulgurance, font penser que si le rugby n'était pas devenu un sport sérieux, on aurait pu bâtir des équipes autour de ce genre de mecs, rien que pour le plaisir de les regarder étaler toute leur classe sur un terrain, sans aucun égard pour l'efficacité et sans autre ambition que l'esthétique et la beauté du geste ...

M comme Montferrand
Bien qu'uni à la ville de Clermont, sa rivale de toujours, depuis 1630, le quartier de Montferrand n'en conserve pas moins une véritable identité. Notons au passage que l'ASM n'est devenue officiellement "Clermont Auvergne" qu'en 2004, alors qu'elle portait les espoirs de toute une agglomération et de toute une région depuis bien longtemps... Aujourd'hui encore, on entend souvent quelques conservateurs parler de "Montferrand" pour désigner le club. Montferrand, justement, doit cette postérité à un célèbre manufacturier de pneumatiques et à une loi fédérale anti-publicitaire de 1922. "Désirant conserver les initiales du club, nous avons adopté le nom de la vieille et illustre cité parce que beaucoup de nos sociétaires y résident et parce que, sur son territoire, se trouvent nos terrains de jeux." déclarait alors Marcel Michelin (cité par Robert Boisson et Christophe Buron, ASM Le cœur rugby, Gérard Tisserand, 2002). Et de fait, l'AS Michelin n'est pas tout à fait morte dans l'imaginaire collectif, d'autant que l'industriel demeure le sponsor principal du club avec environ 10% du budget et que ses deux dirigeants les plus emblématiques (Jean-Marc Lhermet et René Fontès) sont d'anciens "Bibs".

N comme Nostalgie
Il était un temps, pas si lointain, où la tribune Auvergne s'appelait "populaire", où la tribune "Philiponeau" et "l'Espace Edouard" n'étaient que des gradins, derrière lesquels, depuis la pelouse, on pouvait apercevoir les maisons du quartiers ou les Hauts de Chanturgue, où l'on pouvait assister gratuitement aux matches depuis le "pesage". Là où aujourd'hui se trouvent des "salons" et les "first", des supporters torses nus agitaient des drapeaux et actionnaient des cornes de brume, sans respect aucun pour le buteur adverse. De l'autre côté du terrain, les gradins étaient la plupart du temps vides. Lors des dégagements en touche côté "populaire", il n'était pas rare que le ballon tombe derrière la tribune, après avoir rebondi sur le toit, dans un fracas de tôle qui ne faisait pas très riche. Ce que devenaient ces ballons, on ne le savait pas. On s'imaginait bien qu'il y avait un préposé au ramassage, qui avait le privilège paradoxal de recevoir des offrandes d'Eric Nicol, de Franck Mesnel ou de Christophe Deylaud, sans jamais savoir qui en était à l'origine. C'était l'époque des Verdy, Gaby ou Prégermain, celle des "employés de mairie" ou des "cadres chez Michelin", une époque où ça avoinait en toute impunité dans les regroupements, sans l'oeil inquisiteur de l'omnisciente caméra. C'était l'époque où le Racing avait un vrai sens de l'humour. C'était l'époque où Aire sur Adour venait chercher quatre-vingts points à chaque déplacement en Auvergne : on en avait pour son argent. Et lorsque La Rochelle récoltait à son tour ses soixante pions syndicaux, on en profitait pour se foutre de la gueule de Salviac, le soir, après les "panneaux" sur fond rouge, à Stade 2, présenté par Robert Chapatte. Le stade était moche, pour sûr, un peu à l'image de la ville, mais on pouvait arriver cinq minutes après le coup d'envoi, à la sortie du repas du dimanche, on trouvait toujours de la place... Et puis il y avait le "Du Manoir" où l'on allait traîner son ennui d'étudiant, les soirs de lose, dans la tristesse et la froideur de l'hiver auvergnat...

O comme Ô Toulouse
Dans la psyché auvergnate, il existe une bête terrifiante frappée du sceau de la malédiction. Cette bestiole, autant redoutée que respectée, s'appelle le Stade Toulousain. Sur les sept dernières dernières finales de l'ASM, quatre ont été perdues contre Toulouse, et, à chaque fois que le Stade a été écarté en demie, l'ASM a perdu sa finale. Les grandes années, celles où l'on va gagner au Stadium pendant la saison régulière (2008 et 2001 par exemple), se terminent d'ailleurs souvent mal (il est vrai que 2010 fait exception, mais il faut noter que, cette année-là, l'USAP a eu le bon goût d'écarter l'obstacle en demie)... Ceci est d'autant plus étonnant que Vern Cotter, depuis son arrivée en Auvergne, détient le meilleur ratio de victoires de tous les entraîneurs du Top 14 contre son pire ami, Maître Guy (60% de victoires depuis 2006, et encore, si l'on s'arrêtait à la fin de la saison 2009-2010, on atteindrait les 72% !). Toulouse reste cependant intouchable : budget de 25% supérieur, palmarès inégalable dans les conditions actuelles de concurrence, structuration et esprit de compétition exemplaires, qualité de jeu exceptionnelle. Le Stade demeure donc la cible et la référence, l'ennemi et l'exemple. L'ASM, qui semble bien partie sur la même voie, parviendra-t-elle a tracer sa route dans l'ombre du géant ?

La suite à la prochaine lettre !

De A à E.
De F à J
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mercredi 30 novembre 2011

L'ASM en 26 lettres (2)

F comme Fight
A Clermont, on aime bien le fight. On pourra toujours nous dire qu'à côté des Vincent Moscato, Alain Carminati ou Marc Cecillon, l'ASM, avec ses Cudmore, Privat ou Ménieu, pour ne citer que les plus récents, est encore loin des sommets, il est rare, cependant, que l'on s'enlève dans les regroupements en Auvergne. Et ce n'est pas un certain Olivier Mallaret, qui fut le premier challenger de Moscato, non pas sur un ring, mais sur une pelouse au cours d'un corps à corps épique qui s'est longtemps poursuivi alors que le ballon avait eu le temps de parcourir une bonne soixantaine de mètres à l'autre bout du terrain, et à côté duquel le face à face Cudmore - O'Connell à Limerick en 2008 fait figure de je-te-tiens-tu-me-tiens-par-la-barbichette, qui démentira. Et puis n'est-ce pas le grand Bernard "Dada" Chevallier qui a déclaré : "Un coup de poing, c'est pas salaud, c'est nerveux" ?

G comme Gaétan Hery
"J’ai posé la balle, regardé rapidement où étaient les poteaux et j’ai tapé aussi fort que possible." C'est ainsi que L'ASM, dans l'élite depuis 1925, a sauvé sa tête le 16 avril 1995, dans un match de la tristement célèbre "Coupe Dédé Moga" (élégante traduction française de "play down"), contre le SBUC de Bernard Laporte, à l'issue d'un match dont seul le rugby est capable de nous gratifier (un arrière-goût de ce que cela à dû être ici). L'ASM doit certainement à Gaétan Héry, auteur du coup de pied de la gagne, qui entraîne aujourd'hui les Réchappés, un bout de son bouclier de Brennus, car sans lui, nul ne sait ce qu'il serait advenu du club après une rétrogradation en division inférieure dès les débuts du professionnalisme...

H comme HCUP
La HCUP est une belle femme qui semble chaque saison (du moins depuis que Vern est là...) promise à l'ASM mais qu'un plus beau parti (en général irlandais) nous ravit invariablement. Le système est tel que, les mauvais résultats entraînants des poules compliquées et réciproquement, le speed dating se termine souvent avant la fin du premier tour... Toutefois, la coupe aux grandes oreilles (et à la gueule de pilier) permet chaque année aux supporters de l'ASM (et d'un autre club qui, après avoir terrassé la bête, va souvent au bout) de profiter au Michelin de l'un des plus beaux matches de l'année et de trouver un prétexte pour aller picoler loin de Maman en Irlande...

I comme Image
L'image de l'ASM est très particulière dans le monde de l'ovalie. Si la structuration, la politique d'investissement à long terme, les résultats du centre de formation et la régularité suscitent l'admiration, le club souffre indéniablement d'un déficit d'image, en comparaison d'autres écuries du top 14 qui n'ont pourtant pas la même constance au plus haut niveau mais dont les avanies remplissent régulièrement les colonnes des gazettes. A l'ASM, il ne se passe jamais rien. Pas de caprices de star. Pas de transferts pharaoniques. Il faut dire qu'à l'ASM, il n'y a pas de star. Non que l'on ne pourrait s'en payer, ni qu'aucun joueur ne pourrait accéder à ce statut. Non, ce n'est tout simplement pas dans l'ADN du club. De même, les intrigues y sont peut être moins passionnées, et surtout plus dissimulées qu'ailleurs. Le pire ennemi du club, c'est Olivier Magne, c'est dire... Pas de déclarations fracassantes du président, et lorsque le manager ose faire une sortie un peu provocante, les ténors de la réaction à l'emporte pièce le mouchent aussitôt. D'ailleurs, comment voulez-vous qu'un club aussi sérieux, à l'électroencéphalogramme médiatique d'une vache Salers, porte drapeau d'une ville aussi people que Davit Zirakachvili et aussi humble et discret dans la victoire que dans la défaite puisse intéresser quelqu'un désireux que faire de l'audience sur du spectaculaire à bon compte ?..

J comme Joueur issu de la formation française
La formation est l'une des marques de fabrique du club, en fait depuis 1995, date des débuts de ce qui ne s'appelait pas encore "centre de formation". Sous la houlette de Alain Gaillard et de Jean-Marc Lhermet, puis de Bertrand Rioux, elle a donné des résultats exceptionnels (Domingo, Buttin...), mais aussi certainement d'autres joueurs moins talentueux qu'on ne connaît pas, justement parce qu'ils sont moins talentueux, ou dont on ne veut pas se rappeler parce qu'ils sont partis jouer ailleurs. Pourtant, les "joueurs issus du centre de formation" sont, par essence, extraordinaires, car, avec leur tatouage de l'ASM au fer rouge sur le front, ils sont les cache-sexe modernes du professionalisme qui permettent d'avoir l'illusion qu'un rugby du terroir existe encore. Et qu'importe qu'ils viennent de Dunkerque ou des Fidji... Quant à ceux qui ne sortent pas des centres de formation, on se doute bien qu'ils ont appris la passe sur un pas quelque part, mais où ? Sont-ils les produits d'une autogénèse, d'une formation spontanée ? Ont-ils appris le rugby sur le tas, jouaient-ils sur un terrain vague de la banlieue parisienne, préférentiellement du côté de Massy, lorsqu'ils ont été repérés par la BAC qui leur a dit : "Le rugby ou la prison ?" Ont-ils vu Pascal Papé leur apparaître dans une grotte et leur dire, leur montrant un ballon : "Tolle, Lude !" ? En définitive, ces joueurs-là seront peut être les derniers à avoir été éduqués plutôt que formés...

La suite à la prochaine lettre !

De A à E ici.

lundi 28 novembre 2011

L'ASM en 26 lettres

Pour bien écrire (sur) l'ASM, il faut un lexique.



A comme Association
Au départ et jusqu'à aujourd'hui, l'ASM est un club omnisports, dont l'un des objectifs est "d'encourager pour tous les âges la pratique la plus large et la plus longue possible" (Marcel Michelin). Les sections sont nombreuses, mettant à l'honneur sports individuels (tennis, natation...), collectifs (basket, football) et de combat (boxe, judo...). Signalons au passage que l'ASM figure parmi les plus grands clubs de lutte en France, avec un âge d'or qui débute dès la création de la section en 1920 et se poursuit jusqu'au début des années 80 (période pendant laquelle une moisson de plusieurs dizaines (!) de titres de champions de France seniors est récoltée...). Et remarquons que si nous étions Géorgiens, Tchétchènes ou Arméniens, on ne nous bassinerait pas à longueurs de saisons avec les dix finales perdues de la section rugby et le bi-hebdomadaire de référence, "Centre Olympique, le journal de la lutte", aurait son siège à Clermont-Ferrand...

B comme Bourgeois
Selon les déclarations d'un dénommé Mourad B., de Toulon, l'ASM est un "club bourgeois". Pour Flaubert, est "bourgeois quiconque pense bassement" (rapporté par Guy de Maupassant, La Revue Bleue, 19-26 janvier 1884). Pour Émile Zola, la bourgeoisie est "l'acte d'accusation le plus violent que l'on peut faire contre la société française" (citation). Quant au "Grand Jacques", il n'en pense pas moins. Bref, on s'aperçoit que le bourgeois n'est pas à la mode. Ça tombe bien, parce qu'à Clermont, la mode, on s'en fout (il suffit d'aller à la boutique pour s'en rendre compte)... Rappelons cependant que sous l'ancien régime, les bourgeois jouissaient de droits civils et politiques, en tant qu'habitants d'une ville affranchie de la justice féodale. La bourgeoisie, qui fut en grande partie à l'origine des Lumières et de la Révolution française, peut donc compter légitimement parmi les précurseurs du citoyen de nos sociétés démocratiques. Enfin, la famille Michelin, bourgeoise s'il en est, n'est pas sans incarner l'identité humble, discrète, laborieuse mais riche de talent (et riche tout court), dont les Auvergnats peuvent être fiers.

C comme Cette année c'est la bonne !
Combien de fois n'a-t-on entendu cette antienne dans les travées du Michelin, dans les comptes rendus élogieux des journalistes ou au bar des supporters ? Si bien que l'expression la plus juste aurait du être "Ce mois-ci, c'est le bon", voire "Ce match-ci, c'est le bon", tant les promesses du dimanche précédent contrastaient avec le marasme du dimanche suivant. L'ASM fut longtemps la meilleure équipe de tous les temps a n'avoir jamais gagné un championnat. Et encore aujourd'hui, l'Auvergnat, qui s'y connaît en élevage de bovidés, et qui, de ce fait, est par nature pessimiste et méfiant, a toujours des doutes, alors que le club n'a jamais semblé aussi fort, sur sa capacité à enchaîner les résultats au plus haut niveau...
Nota : on aurait pu avoir "C comme Cotter", mais à bien y penser, pour les explications, ce qui est écrit ci-dessus marche encore...

D comme Derby
On ne sait pas trop pourquoi, mais les Clermontois n'aiment pas les Brivistes, à moins que ce ne soient les Brivistes qui n'aiment pas les Clermontois. En résulte une rivalité bon-enfant entre les supporters des deux équipes phares du Massif Central, qui tient certainement plus au besoin atavique de se trouver un ennemi proche pour s'assurer de sa virilité que d'une réelle concurrence. En effet, la Corrèze (c'est où, ça, la Corrèze ?), n'a rien à voir avec l'Auvergne, l'histoire récente des rencontres entre les deux clubs est pour le moins apaisée, les joueurs passent d'une équipe à l'autre sans soulever la vindicte de la tribune Auvergne, qui n'hésite d'ailleurs pas à reprendre l'hymne du CAB... De nos jours, notre seul vrai derby, en définitive, c'est le match contre l'USAP, dans lequel le rugby sort, il faut le reconnaître, rarement vainqueur (argument massue prouvant que c'est bien un derby)...

Addendum :
Un certain "Aurillacois Masqué" me fait justement remarquer que le derby, dans le Massif Central, est une pratique trioliste, je cite :
"Hé oui car il s'agit bien d'un derby à trois équipes, sûrement le seul. La troisième équipe ne joue plus en Top 14 depuis... Elle s'entend plutôt bien avec l'ASM, et fait front avec elle face à l'adversité Limousine. Elle fournit volontiers et régulièrement, joueurs voire entraineur. Les Brivistes EUX, viennent kidnapper des joueurs presque innocents, des traitres aussi.
Cette équipe, fit il y a quelque temps déjà, une nouvelle apparition "en 1ère division" (dixit les vieux sages du pays assis dans la tribune populaire). Mais cette année là elle fut (tenez-vous bien) Championne du monde de France d'Auvergne et du Limousin. Cette équipe vous l'aurez deviné est le Stade... (le seul l'unique) Aurillacois.
Ces matches Brive - Aurillac, étaient très souvent ponctués par un rite, qui consistait à s'offrir les fruits d'un arbre que l'on trouve dans une région du Cantal : la Châtaigneraie. Cette région est, comme par hasard, limitrophe de la Corrèze. Tandis que les supporters, eux, comparaient les qualités respectives de leur charcuterie, le spectacle était plus dans les tribunes que sur la pelouse."

E comme Espoirs
N'est-il pas symbolique que les meilleurs résultats du club soient obtenus, chaque année, par les équipes de jeunes ? Oui, l'ASM est le club de tous les espoirs. A ce titre (pas celui de champion, bien sûr), l'ASM fait se poser de graves questions métaphysiques : Vaut-il mieux être un très grand club du futur ou aurait-il mieux valu avoir été un très grand club du passé, comme Béziers par exemple ? Les plus logiques répondront que cette question est absurde, d'autant que, si nous devenons un jour un très grand club du passé, c'est que nous sommes d'ores et déjà un très grand club du futur. Les Toulousains, quant à eux, répondent : "Facile, les deux." On est libre de penser que c'est cet état d'esprit qui nous différencie d'eux...
Mais je préfère laisser le dernier mot à un autre Auvergnat :

Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l'avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé, pour l'arrêter comme trop prompt : si imprudents que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient : et si vains que nous songeons à ceux qui ne sont rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent, d'ordinaire, nous, blesse. Nous le cachons à notre vue parce qu'il nous afflige et s'il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l'avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver. (Blaise Pascal - Pensées - Pensée XVII, Chapitre deuxième, section 3, La Volonté).

Profitons donc de ce présent pas si mal qui est offert au supporter : le passé, c'est le passé et le futur n'existe pas...

La suite à la prochaine lettre !